textes et vignettes

 


































 

  Voici les vignettes des objets et des photos ainsi que l'ensemble des textes de cette unité thématique. Vous pouvez les imprimer.

Museu da Republica

La population active du Brésil compte 69 millions de travailleurs, dont 60 % exercent leurs activités de façon clandestine (ils n’ont pas d’employeur fixe, ne paient pas d’impôts et n’ont jamais cotisé à la sécurité sociale). La plupart sont plombiers, électriciens ou pompiers, ou encore vendeurs de rue.

Entre 1996 et 1999, le chômage a augmenté de 12 % par an. Soixante-dix pour cent de ces travailleurs clandestins (qui alimentent ainsi une économie parallèle) vivent dans des villes de moins de 200 000 habitants, et environ 50 % des personnes défavorisées appartiennent à des familles qui travaillent au noir, pour un revenu de moins de 35 $ par mois.

Pour la majorité, le revenu est incertain et irrégulier. Nombreux sont les cas de personnes qui ont commencé à travailler dans la rue comme vendeurs de sucreries à l’âge de cinq ou six ans. Certains ont pu « faire carrière » et atteindre, à l’âge de 29 ans, le statut de réparateurs de chaises sur les trottoirs du quartier de Copacabana à Rio de Janeiro.

L’exploitation de la main-d’œuvre enfantine est une pratique très répandue au Brésil. Et bien que le pays ait promulgué des lois sur le travail des enfants depuis 1891, il semble que la plupart des grandes entreprises, le gouvernement et la société les aient ignorées. On trouve en effet des enfants âgés de sept à quatorze ans dans pratiquement toutes les branches de l’industrie, de la fabrication de chaussures à la production de charbon en passant par la cueillette de fruits. En 1996, 3,3 millions de jeunes Brésiliens étaient sur le marché du travail.

Aujourd’hui, le nombre d’enfants qui travaillent au Brésil a baissé à 2,5 millions. Toutefois, beaucoup de Brésiliens s’opposent, au fond, au projet de mettre fin à la main-d’œuvre enfantine. Ils font remarquer que même les États-Unis ont dû faire face à ce problème et que certains enfants américains, en particulier dans les zones rurales, sont soumis à des journées de travail de 12 heures.

Au Brésil, le travail des enfants est une réalité tellement enracinée qu’il est rare que les parents critiquent le gouvernement quant au fait qu’il ne procure pas de meilleurs emplois ou une éducation appropriée. Ils sont au contraire plutôt reconnaissants envers le fermier qui emploie leurs enfants et leur permet ainsi de contribuer aux besoins de la famille en rapportant un peu d’argent pour sa subsistance.

En 1996, sous la pression internationale, le gouvernement du président Fernando Henrique Cardoso a pris une série d’initiatives pour enrayer cet état de choses en établissant notamment un programme rémunérant les parents qui envoient leurs enfants à l’école.

De multiples projets et partenariats entre l’État et la société ont été mis en place pour s’attaquer au problème de la main-d’œuvre enfantine. Mais comme les gens se rendent compte de plus en plus que se trouver un emploi est un rêve inaccessible, beaucoup de jeunes se retrouvent à la rue — soit directement, en travaillant au marché noir, soit en tombant dans le monde de la drogue pour essayer d’échapper à la pauvreté et à la misère de leur famille.

Néanmoins, bien que l’on puisse penser que l’éducation pour tous est un acquis dans un pays qui assure les droits fondamentaux à ses citoyens — égalité, opportunités, liberté d’expression et responsabilité civile —, un cercle vicieux s’est installé qui favorise l’augmentation du chômage, l’exploitation des enfants, un marché du travail clandestin et la pauvreté.

Le défi consiste à cesser de chercher une solution globale qui éradiquerait la pauvreté et garantirait le plein emploi. Idéalement, les autorités devraient se concentrer sur des approches qui mettraient fin à ce cercle vicieux de la pauvreté et qui dissuaderaient les parents issus de la classe moyenne inférieure de sortir leurs enfants de l’école pour les diriger vers l’économie clandestine, tandis que les moins éduqués entrent directement dans le crime organisé. Peut-être y aurait-il alors une chance de créer des conditions qui inciteraient davantage à former des citoyens plus conscients de leurs droits minimaux d’êtres humains.

La participation d’une société plus proactive qui s’appuierait sur des expériences réussies dans les pays développés pourrait marquer le début d’une diminution du nombre de Brésiliens privés d’éducation et des droits fondamentaux du citoyen à l’heure de la mondialisation.

Anelise Pacheco, Museu da Replublica, Rio de Janeiro (Brésil)